Virus du rattle du tabac (Tobacco rattle virus – TRV)

Type d'organisme : Virus

Méthode de détection : PCR

Toutes les maladies & ravageurs

Agent(s) responsable(s) et transmission

Le virus du rattle du tabac (Tobacco rattle virus ou TRV) est transmis par des nématodes des genres Trichodorus et Paratrichodorus qui sont des vers ectoparasites polyphages circulant librement dans la rhizosphère. Il y a une étroite spécificité entre l’isolat viral et l’espèce vectrice. Les adultes et les larves peuvent transmettre le virus en s’alimentant sur les cellules racinaires. Le virus peut se conserver à l’état infectieux pendant plusieurs mois dans le nématode et se maintenir dans une parcelle infestée pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies. Il n’a pas été démontré de multiplication du virus dans le vecteur. La préférence des nématodes pour certains types de sol (sableux, limoneux) n’est pas systématique. Une analyse du sol permet assez facilement de repérer ces nématodes.

Le TRV est également disséminé par les graines de nombreuses espèces adventices, notamment par les graminées. Les racines de ces plantes infectées constituent de bons réservoirs de virus pour les nématodes qui le transmettent aux tubercules de pomme de terre.

Par contre, les tubercules porteurs de nécroses sont généralement considérés comme étant de mauvaises sources de virus pour les nématodes non-virulifères.

PLANTES-HÔTES

Le virus du rattle a l’une des gammes d’hôtes les plus importantes parmi les virus de plantes. Plus de 400 espèces dans plus de 50 familles de dicotylédones et de monocotylédones peuvent être infectées artificiellement et l’infection ne devient pas systémique dans la plupart des cas.

La gamme d’hôtes comprend de nombreuses plantes cultivées, notamment des plantes florales à bulbes (tulipe, glaïeul, narcisse, jacinthe) et à graines (asters, hydrangea), la pomme de terre, la betterave, la laitue, l’épinard, l’artichaut et le tabac.

Le TRV infecte aussi naturellement des Graminées, par exemple du genre Poa, et un large cortège de plantes adventices appartenant à différents genres (Amaranthus, Capsella, Merculiaris, Polygonum, Solanum, Stellaria, Vicia etc).

Les racines des plantes hôtes constituent un réservoir de virus pour les nématodes, qui transmettent le virus aux tubercules de pomme de terre.

Symptômes en végétation

Le symptôme le plus caractéristique sur feuillage consiste en des chevrons jaune brillant devenant nécrotiques (photo 1), mais il n’apparaît pas très fréquemment dans les conditions de culture.

Différentes formes de mosaïques et de marbrures évoluant en taches nécrotiques peuvent également se manifester (photo 2), assez souvent sur les feuilles d’une seule tige (d’où le nom anglais de stem mottle = « marbrure de la tige »). Chez certaines variétés, notamment Santé et José, l’infection totalement systémique se traduit par la présence de taches chlorotiques, parfois halotiques (photo 3), à tendance jaune pouvant se manifester sur l’ensemble de la plante.

Symptômes sur tubercule

Les symptômes les plus typiques du TRV apparaissent le plus souvent à l’intérieur des tubercules. Ce sont des arcs nécrotiques assez marqués ou des lignes sinueuses plus irrégulières (photos 4 et 5), pouvant s’élargir sous forme de taches liégeuses s’étendant à une grande partie du tubercule (photo 7). Les symptômes peuvent être très variables selon les variétés mais aussi au sein d’un lot contaminé (photo 6).

Des nécroses superficielles sont parfois visibles (photos 8 à 10). Elles peuvent former des anneaux centrés sur les lenticelles. Elles sont généralement assez peu caractéristiques et ne permettent pas d’établir un quelconque diagnostic. La coupe du tubercule montre que ces lésions ne sont pas toujours reliées aux nécroses internes et qu’elles peuvent rester localisées au niveau du périderme.

La maladie causée par le TRV en culture de pomme de terre est récurrente dans la plupart des pays producteurs et les pertes peuvent être importantes certaines années dans certains bassins de production. Les nécroses de tubercules, bien connues dans les pays anglo-saxons sous le nom de « spraing », sont dues au TRV mais elles peuvent être aussi associées au virus du mop-top (PMTV).

Facteurs de risque

Les facteurs favorables au développement du virus du rattle sur la pomme de terre et à leurs vecteurs sont :

Le TRV peut être transporté par les nématodes Trichodorus pendant plusieurs mois, mais le virus peut également survivre dans de nombreuses mauvaises herbes ou des graines de plantes.

Moyens de lutte

Le travail du sol et un désherbage efficace tout au long de l’assolement constituent de bons moyens de réduire les populations de nématodes dans le sol et donc le risque de maladie. Des cultures de céréales avant la pomme de terre peuvent aider à réduire la pression virale mais pas celles des nématodes.

La connaissance de l’historique de la maladie dans la zone de production ou dans l’exploitation peut être utile pour le pilotage des cultures et le choix variétal selon les parcelles. Les variétés les plus sensibles doivent être plantées dans des parcelles saines ou au moins sans historique de maladie alors que la plantation de variétés résistantes ou peu sensibles s’impose dans le cas de parcelles contaminées.

Les traitements du sol utilisés contre les autres types de nématodes sont efficaces pour réduire les populations de nématodes vecteurs et donc la dissémination du virus du rattle (TRV). Cependant ils sont coûteux, nocifs pour les utilisateurs et dommageables pour l’environnement.

Méthodes de détection

Il existe de nombreux kits de détection du TRV par test ELISA, mais ils ne sont pas applicables à la pomme de terre. En effet, aussi bien dans les tubercules que dans le feuillage, le TRV est souvent sous la forme d’acide nucléique libre, donc non-détectable en sérologie.

Plusieurs techniques PCR ont été décrites mais elles ne sont pas toujours fiables et la détection dépend aussi de la répartition hétérogène du virus dans les plantes.

Le diagnostic du TRV combine (lorsque c’est possible) plusieurs opérations :

  1. l’analyse du sol avec la recherche de nématodes des genres Trichodorus et Paratrichodorus ;
  2. le piégeage du virus dans le sol à partir de plantes- pièges comme Physalis floridana ou Nicotiana tabacum White Burley ;
  3. des tests moléculaires de type PCR (PCR conventionnelle ou PCR temps réel).

Importance économique

L’importance économique du TRV résulte principalement de la présence de symptômes nécrotiques sur les tubercules de pomme de terre, qui peuvent entraîner le déclassement ou le refus des lots atteints.

Le virus TRV est une maladie d’origine tellurique et sa transmission par les tubercules de plant n’est pas considérée comme importante car les tubercules- mères présentant des symptômes produisent généralement des plantes saines, et plus rarement des plantes infectées qui donnent naissance à des tubercules-fils sans symptômes.

Toutefois, le TRV peut être transmis par les tubercules de semence (d’une génération à la suivante) chez certaines variétés où l’infection est dans ce cas sans symptômes.