Trois établissements producteurs régionaux ont en charge le contrôle de plants de pomme de terre. Une mission déléguée par le ministère de l'Agriculture et le Service Officiel de Contrôle et de Certification. La pomme de terre est confrontée à un nombre incroyable de parasites qu'il faut être capable de détecter le plus rapidement possible. L'enjeu, maintenir en France un excellent niveau de qualité sanitaire.



Sommaire

 




Emmanuel Guillery
Directeur de Bretagne Plants


"La plus grande difficulté de notre métier, consiste à nous adapter rapidement à l'évolution des maladies et parasites".

Emmanuel Guillery, Directeur de l'Établissement producteur régional Bretagne Plants, souligne combien la pomme de terre est soumise à la pression des attaques de maladies. Plus de 200 sont recensées. "Il nous faut disposer des meilleurs outils de détection si nous voulons être capables de livrer des plants au sommet de la qualité".
Ces outils de détection se perfectionnent avec l'avancée des techniques, mais aussi grâce aux liens étroits qu'un établissement comme le sien entretien avec des Instituts de recherche comme l'INRA. "Nous avons des contacts suivis avec les meilleurs spécialistes de la pathologie des pommes de terre, car les maladies évoluent très vite. Elles se comportent un peu comme la grippe chez les humains. Chaque année, il faut connaître les nouvelles formes du virus pour le détecter et mettre au point l'arsenal de prévention. Le virus de l'enroulement nous posait des problèmes il y a quelques années, il est beaucoup moins présent aujourd'hui. En revanche pour le virus Y, de nouvelles souches sont apparues. Certaines vont jusqu'à provoquer des nécroses sur le tubercule. Nous devons malgré cela être capables de livrer des plants indemnes ou présentant des contaminations tolérables".



Chaque année il faut connaître les nouvelles formes de virus pour les détecter



Une énorme base de données informatiques pour suivre les plants à la trace


Pour y parvenir, les établissements producteurs régionaux ont renforcé la performance de l'outil de traçabilité. S'il existe depuis 50 ans, il est aujourd'hui très performant grâce à une informatisation poussée. "Quotidiennement, lors des contrôles, les techniciens saisissent des informations sur les lots qu'ils suivent. Ils enrichissent une énorme base de données sur tous les lots en production."

Cette base de données, facilement consultable, permet en quelques clics de souris de connaître tout l'historique d'un lot de plants. "Si un lot connaît un problème sanitaire, on peut remonter 4 à 5 ans en arrière et voir par ailleurs si le problème a été trouvé sur d'autres plants issus de la même origine".

Pour l'avenir, quels sont les objectifs ?
"Renforcer toujours et encore nos moyens de détection et maintenir un excellent niveau de qualité sanitaire. Nous ne connaissons pas en France de problèmes de maladies de quarantaine. Il faut tout faire pour préserver ce précieux capital".



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Xavier Riquiez
Responsable de laboratoire au comité Nord


Xavier Riquiez, responsable de laboratoire au Comité Nord exerce un métier qui demande une détermination sans faille. Il cherche avec les moyens les plus sophistiqués les maladies et parasites des plants de pommes de terre et normalement, il ne doit presque jamais rien détecter. Sur les plants qu'il contrôle, ses analyses positives sont plutôt rares et c'est plus rassurant... Les parasites les plus redoutés sont les bactéries responsables de maladies dites "de quarantaine". Dans la chaîne de production de plants certifiés, les précautions sont prises pour qu'elles n'apparaissent jamais. "En 2000, un cas de maladie de quarantaine a été détecté sur un lot d'origine étrangère, mais c'est exceptionnel."

Toutefois, des virus, il en détecte. Les contrôles sont réalisés en laboratoire sur les descendances directes des plants (précultures). "Nos recherches de virus permettent d'évaluer le niveau de qualité des plants : au-delà de 10 % de plantes contaminées, la culture est refusée, en dessus de 5 % elle est classée en catégorie B, au-dessous de 2 % en catégorie Élite et enfin au-dessous de 1 % en catégorie Super Élite. En moyenne, on refuse 1 % à 3 % des cultures chaque année pour cause de virus". Ce qui prouve que tout le monde fait bien son travail avant lui.

Le laboratoire intervient à de nombreuses étapes du processus de contrôle des plants.
À partir d'échantillons de terre, il vérifie tout d'abord l'absence de nématodes dans la parcelle pressentie pour la multiplication.
"Sur la zone que nous contrôlons, le quart nord, nord-est de la France, on trouve relativement peu de parcelles contaminées : 1 à 2 parcelles par an sur les 3000 analysées. Nous faisons une recherche de virus en préculture sur des prélèvements de tubercules, avant la récolte, pour y détecter les virus et les bactéries éventuels. Enfin, lorsque les tubercules sont stockés, nous faisons des mesures pour y détecter la présence de champignons pathogènes."



L'utilisation des empreintes génétiques de variétés


Autre mission du laboratoire, le contrôle de l'identité variétale. Il applique désormais les méthodes des empreintes génétiques. Au niveau national, on a établi le fichier de 270 variétés à partir d'identification de séquences ADN. Des mesures de la pureté variétale peuvent se faire rapidement alors que dans le passé celles-ci n'étaient possibles que sur pied par jugement visuel.



Contrôle de l'identité variétale grâce aux empreintes génétiques



La plant français : les normes les plus sévères et des terroirs favorables


Pour un producteur de plants français, il est difficile de porter un regard vraiment impartial sur la qualité de la production de son pays. Toutefois, il peut voir ce qui se fait ailleurs et donner un avis. Pour Xavier Riquiez, la production française est peut-être la meilleure d'Europe. "Nous disposons d'avantages par comparaison avec d'autres pays. La concentration de la production de pomme de terre est chez nous plus faible et les rotations plus longues ce qui est obligatoirement favorable à la qualité. Par ailleurs, nous avons mis en place des normes de contrôle très rigoureuses, supérieures aux normes européennes. Tout cela explique l'excellente qualité de nos plants".



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Olivier Bardet
Technicien agréé


Olivier Bardet est technicien agréé SOC au Comité Nord. Il encadre la production de plants certifiés et a des relations très suivies avec les 32 producteurs dont il a la charge. Un travail de contrôle qui l'occupe à temps complet tout au long de l'année.
Comme tous ses confrères, il bénéficie d'une délégation de contrôle du Service Officiel de Contrôle et de Certification. Lorsqu'il parle de son métier, Olivier Bardet aborde 2.phpects : un aspect contrôle avec d'éventuelles sanctions à la clef, mais aussi un rôle de conseil auprès des producteurs.

"D'un point de vue strictement réglementaire, notre mission consiste à faire appliquer le règlement technique SOC. Ma mission pour le Comité Nord est en fait un travail de prévention. Dès que j'observe des anomalies sur une culture, je préviens l'exploitant et nous voyons ensemble comment résoudre le problème. Je fais en sorte par mes conseils et les mesures correctives appliquées par l'agriculteur, de ne pas devoir refuser une culture".



Une surveillance accrue au champ


Des prélèvements de terre pour vérifier l'absence de nématodes


Malgré ce travail, chaque année, Olivier Bardet refuse certains lots. Une sanction qui n'est pas toujours liée à une faute du producteur, mais à des conditions climatiques particulières
ou à un problème sanitaire qui n'a pas pu être maîtrisé.
Aujourd'hui, les contrôles vont bien au-delà de ce qui est imposé par le règlement technique. "Nous faisons deux à trois fois plus de visites en culture que ce qui est imposé. Après, lors du stockage, je passe au moins une fois par mois pour contrôler les températures des locaux de conservation."
Un métier qui n'est pas de tout repos, car le plant est un produit vivant, particulièrement évolutif et fragile. "Il suffit de pas grand-chose pour connaître un problème".
Son entreprise cherche à contrôler encore davantage les paramètres qui font la qualité finale du plant. "Désormais nous prêtons attention à l'environnement des parcelles de production et notamment aux traitements phytosanitaires sur les parcelles voisines. Les embruns de traitements au glyphosate ont des conséquences néfastes sur la vigueur et la qualité du plant l'année suivante". Produire du plant, c'est comme produire du vin. C'est travailler sur un produit vivant et subtil. Olivier Bardet réunit deux compétences, celle du chef de culture et celle de l'oenologue.



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Serge Duvauchelle
Rapporteur technique des maladies de la pomme de terre au Service de la protection des végétaux


Serge Duvauchelle est un des spécialistes européens des maladies de la pomme de terre. Nous lui avons demandé son avis sur les risques que prenaient les agriculteurs qui utilisent leur propre semence pour produire des pommes de terre de consommation.

"D'un point de vue réglementaire, on ne peut pas être contre puisque cette pratique est reconnue officiellement au niveau européen. Toutefois, il faut bien être conscient que les agriculteurs qui pratiquent ainsi, prennent des risques dont les conséquences peuvent être très importantes. Graves pour leur exploitation, mais surtout graves pour leurs voisins, voire pour toute une région de production. Celle-ci peut se voir interdire la production durant des années. Le mécanisme est simple et loin d'être improbable. Il suffit d'utiliser comme semence des tubercules contaminés par un parasite de quarantaine. La déclaration de la parcelle contaminée est obligatoire au niveau européen. Elle entraîne, une interdiction immédiate d'exportation et des contraintes énormes pour toute la région. Aujourd'hui, la qualité de notre production est reconnue au niveau international du fait du sérieux avec lequel sont faits les contrôles sur le plant certifié français. On peut donc juger dangereux de remettre en cause cette image qui est bénéfique à l'économie de la production."



La plantation de "rataplants" contaminés a pénalisé tout un secteur



Planter des pommes de terre contaminées, cela n'est pas un risque virtuel ainsi qu'on pu le constater des producteurs français qui ont utilisé il y a quelques années des "rataplants" contaminés par le virus YNTN (virus Y nécrogène).
"Ils ont eu des dégâts considérables sur leurs cultures. De même, semer des tubercules même faiblement contaminés par le mildiou, est grave quant on sait que 1 plant contaminé sur 1000, c'est 35 foyers de contamination de la culture par hectare. Cela va très vite et peut avoir des conséquences sur sa culture, mais également sur celles de ses voisins. Il faut également réfléchir au fait que mettre en terre des plants qui contiennent des nématodes, c'est condamner une parcelle pour dix ans."

En conclusion, utiliser une semence non contrôlée, c'est prendre un risque pour soi-même mais aussi pour l'avenir de la production dans sa région.


Les chiffres du contrôle et de la certification

Pour une année

  • plus de 17 000 analyses de terre avant plantation pour vérifier l'absence de nématodes
  • plus de 1 000 000 de tests ELISA (recherche de virus) pour contrôler l'état sanitaire des descendances (précultures)
  • plus de 15 000 analyses de bactéries de quarantaine
  • plus de 3 000 tests de maladies de conservation



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