Des variétés qui permettent des productions plus régulières, qui autorisent la diminution de la protection phytosanitaire ; des variétés qui se vendent mieux à l'étal des distributeurs, des variétés qui satisfont mieux les exigences des industriels de l'agro-alimentaire...
La filière en a eu besoin hier et en aura davantage besoin demain. La sélection contribue largement à maintenir ou développer la compétitivité de nos productions. Le succès de la culture repose donc sur la bonne santé économique de cette sélection, riche de promesses.



Sommaire

 




Gisèle Lairy-Joly
Sélectionneur chez Germicopa


"Ces dix à quinze dernières années, ce qui a été une véritable révolution, c'est l'augmentation du choix variétal en matière de qualité de présentation des tubercules. On a pu créer de très belles variétés avec une peau brillante et sans défaut."



Les sélectionneurs ont beaucoup amelioré l'aspect des tubercules


Gisèle Lairy-Joly, sélectionneur, mesure les progrès accomplis. "Les produits actuels ont de belles formes, pas d'éraflure, pas de pustule de gale".
Cette amélioration est le fruit d'un très important travail de sélection. "Pour obtenir ce résultat, nous avons dû multiplier les efforts d'évaluation et de tests divers".



Parcelles d'observations des futures variétés


Ces améliorations étaient demandées par le marché du frais. "Ce sont les distributeurs, et notamment la grande distribution, qui étaient très demandeurs. Ils veulent avoir des produits parfaits en rayon. Pour eux, l'idéal, c'est d'avoir des variétés qui gardent un aspect identique tout au long de la période de commercialisation". Cette demande est particulièrement difficile à satisfaire, car cela nécessite de pouvoir cultiver la même variété sur une zone géographique très étendue avec des périodes de production bien échelonnées, en conservant les mêmes qualités de présentation.

"Ce qu'il nous faut encore améliorer dans l'avenir, c'est l'aptitude à la conservation. L'évolution de la réglementation restreint l'usage des produits antigerminatifs. En conséquence, dans les frigos, la température a été baissée et cela aboutit à une dégradation du goût. Nous devons donc pour l'avenir trouver des variétés qui ne se dégraderont pas lors de conservation à basse température".



Demain, des variétés aux yeux colorés ?


Les demandes du marché n'ont pas porté en priorité sur l'amélioration des qualités gusta-tives, excepté pour les variétés haut de gamme de type chair ferme. Pour elles, on a d'excellents produits et la France est particulièrement performante sur ce créneau.

Aujourd'hui, en matière de sélection, un thème à la mode est la sélection de variété ayant une bonne aptitude à faire de la frite ménagère. Qu'en sera-t-il demain de la demande des consommateurs ? Seront-ils plus demandeurs d'amélioration sur le goût ? Personne n'a la réponse.
L'amélioration génétique peut faire beaucoup. Il lui faut toutefois une garantie de succès commercial, car la créationd'une variété, c'est dix ans de travail et donc de gros investissements. Les sélectionneurs ont dans leurs serres de quoi faire des variétés très originales, comme des variétés bicolores, d'autres aux yeux colorés ou encore à la chair d'une teinte originale. L'avenir nous dira si une entreprise osera se lancer dans la commercialisation d'un de ces nouveaux produits.



Des investissements importants en temps, en compétences et matériels



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Jean-Marc Abiven
Sélectionneur à Bretagne Plants


Pour la production de pommes de terre, la création de variétés résistantes aux maladies est particulièrement importante.
D'une part, pour certaines maladies, il n'existe pas de moyen de lutte connu. D'autre part, les exigences en matière environnementale, risquent, à plus ou moins longue échéance, de limiter l'arsenal de lutte chimique dont on dispose actuellement.
Les sélectionneurs cherchent donc des génotypes intéressants parmi les variétés cultivées sur la planète ou chez les plantes sauvages du Pérou ou du Chili notamment.



Des variétés nettement plus résistantes au mildiou


Les travaux de sélection ont permis des progrès appréciables dans la lutte contre le mildiou, maladie la plus nuisible de la pomme de terre. Jean-Marc Abiven, sélectionneur à Bretagne Plants, travaille plus particulièrement sur la résistance aux maladies de la pomme de terre.

"Depuis 7 ans que je travaille dans cette station d'amélioration, j'ai pu observer une nette amélioration de la résistance au mildiou. Ainsi, nous avons inscrit une variété avec une note de résistance de 7 sur 9 (peu sensible) alors que le témoin n'a qu'une note de 3 sur 9 (sensible). Ce travail d'amélioration, nous le faisons en allant chercher des gènes de résistance dans des espèces sauvages qui ont des caractéristiques très éloignées des variétés actuellement cultivées. Elles sont notamment beaucoup plus tardives. Il s'agit donc d'un travail de très longue haleine".

Les progrès devraient toutefois s'accélérer dans les 4 à 5 ans du fait d'une nouvelle technique de sélection : le marquage moléculaire. Il permet de détecter plus rapidement dans la descendance, lors des croisements de sélection, les variétés qui possèdent la résistance au mildiou. "Nous aurons dans 5 à 10 ans davantage de variétés à la fois précoces et résistantes au mildiou".



Une nette amélioration de la résistance au mildiou



Résistance aux nématodes : un important programme d'amélioration est en cours


Pour la lutte contre les nématodes, la résistance variétale est d'autant plus importante que la lutte chimique directe n'existe pas et les traitements de sols sont excessivement coûteux.

La résistance au nématode doré (Globodera rostochiensis) est de type monogénique (contrôlé par un seul gène). Il suffit donc qu'il soit présent chez l'un des deux parents de la variété pour lui transmettre la bonne résistance. Toutefois, le parasite peut évoluer et la résistance disparaître.

Pour Globodera pallida, un autre nématode à kyste, la résistance est polygénique donc plus longue à introduire dans les futures variétés, mais plus durable. "La résistance provient de génotypes sauvages. Le travail de sélection est donc très long. Les premiers résultats sont déjà apparus chez des variétés féculières pour lesquelles l'aspect du tubercule et la précocité sont moins importantscommercialement. Dans nos programmes de sélection, nous prenons en compte de nouvelles maladies comme la résistance au virus YNTN (Virus Y nécrogène). Cette maladie provoque des taches concentriques sur les tubercules.
Elle se déclenche quand il fait particulièrement chaud. Cela a été le cas cette année dans plusieurs régions. Nous avons donc mis en place des tests pour éliminer la sensibilité de toutes les variétés présentées à l'inscription au catalogue officiel
".



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Frédérique Aurousseau
Sélectionneur à la station de recherche du Comité Nord


S'il est une activité en étroite liaison avec le marché de la pomme de terre, c'est bien celle de la sélection pour la production de pommes de terre destinée à la transformation. Il est fréquent que les sélectionneurs travaillent sous contrat de recherche directement pour les industriels. Ils testent les variétés pour leurs process industriels avant même leur inscription au catalogue officiel. Ne sont présentées à l'inscription que celles qui satisfont à leurs exigences. Une fois inscrites, elles peuvent devenir exclusives pour leur permettre un avantage concurrentiel sur leur marché.

Frédérique Aurousseau travaille ainsi en collaboration très étroite avec plusieurs industriels.
"Les industriels de la frite recherchent chez les variétés les caractéristiques suivantes : un bon taux de matière sèche afin d'obtenir des frites qui ne retiennent pas d'huile à la cuisson, et un faible taux de sucres réducteurs pour obtenir une belle coloration des frites appréciée par les consommateurs. De plus, selon la forme du tubercule, on peut y tailler plus ou moins de frites, aussi recherche- t-on à sélectionner des variétés qui donnent de gros et longs tubercules."
Les exigences pour la pomme chips sont un peu différentes. "La teneur en sucres réducteurs est encore plus importante. Pour ce qui est de la matière sèche, la référence est la variété Saturna. On cherche à égaler sa qualité tout en améliorant d'autres critères comme l'aptitude à la conservation et surtout la productivité. Aujourd'hui, les pommes de terre à chips sont produites avec irrigation, mais il serait très intéressant de disposer de variétés productives sans irrigation. Les coûts de production seraient sensiblement diminués".



Pour les chips, la teneur en sucres réducteurs est très importante


La production de pommes de terre à flocons, pour la purée, est moins exigeante. La teneur en matière sèche et surtout la productivité sont les critères les plus recherchés. Pour la féculerie la demande est surtout basée sur la production de fécule à l'hectare.
Pour l'instant, "la variété Kaptah Vandel est leader, mais elle présente un défaut, sa sensibilité au mildiou du feuillage. Cela implique des coûts de traitement importants. Nous recherchons donc à créer des variétés moins sensibles. Deuxième demande, des variétés qui permettent une meilleure valorisation et récupération de protéines à l'issu de la fabrication ainsi qu'une réduction dans les effluents des usines des déchets d'origine protéique".


La création variétale en chiffres
  • 4 stations de sélection
  • environ 200 000 graines semées chaque année provenant de 2 000 croisements
  • 70 sites d'expérimentation en France, en Europe et sur le pourtour méditerranéen
  • plus de 7 000 parcelles d'expérimentation
  • 10 ans pour créer une variété



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